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CRITIQUE disques

La femme chocolat de Olivia Ruiz et Dipita de Muna Mingole
par Sylvain d'Auteuil-Robillard

Olivia Ruiz – La femme chocolat (Polydor-Universal)

Comment vous décrire la délicieuse Olivia Ruiz ? Un charme gitan rebelle et mystérieux, changeant comme les rythmes qu’elle dicte anarchiquement de chanson en chanson. On sent les racines hispaniques : un parfum suave de séduction dans la voix, un vibrant hommage à la famille et le piment du caractère latin dans les textes.

Elle écrit et chante, dans La fille du vent : « Si j’ai un sacré tempérament […], c’est que j’ai dans les artères le tanin et les pigments, qui font le sang de la terre comme la lave d’un volcan. » Et plus loin, elle explique sa démarche alternative : « Je défie tous les courants, toutes les stars de cocagne, qui passent en rêvant de platine et de champagne. »

En écoutant Olivia Ruiz, des réminiscences de Liane Foly, des Rita Mitsouko et de Piaf, tour à tour au fil des airs dissemblables, effleurent ma pensée. Mais ne vous y trompez pas, plus elle évoluera, plus elle ne fera penser qu’à… Olivia Ruiz. Surtout lorsqu’elle aura maté quelques démons pour offrir une identité plus homogène sans perdre (et là est la difficulté) toutes ces riches couleurs passion qu’elle nous jette aux oreilles. Déjà ce second opus marque une progression.

Ce succès critique (car je suis loin d’être le seul mélomane a être tombé sous le charme) est d’autant plus méritoire qu’il réussit, en France, à vaincre le stigmate Star Academy. Ruiz faisant partie de la première mouture il y a cinq ans. De quoi inspirer une charmante rebelle bien de chez nous, Stéphanie Lapointe. (8,5/10)

Muna Mingole – Dipita (Migue Musik)

J’ai découvert la jolie Muna Mingole, d’origine camerounaise, aux Estivales de Saint-Jérôme en août 2005, soit deux mois après la sortie de son album Dipita, qui signifie « espoir ». Et malgré le titre de la première pièce, Ses’a Longue (Les douleurs de la vie), le sourire de l’espoir, de la joie et de l’allégresse se dessine sur nos lèvres dès les premières notes. « Tout finit toujours par s’arranger, il faut continuer à avancer », nous chante la Flamme Bleue du Cameroun pour justifier les antipodes des douleurs que transportent les paroles et du rythme aux accents brésiliens.

Jamais lassant, Dipita alterne habilement les rythmes endiablés de makossa et de bikutsi (soulignons la contribution des frères Diouf aux percussions) avec les ballades dévoilant l’âme africaine dans toute sa splendeur. Parmi ces ballades qui mettent en valeur la voix juste et claire de Muna Mingole, notons Hommage, un bel hymne aux ancêtres qui composent le patrimoine culturel camerounais, et Nyolango, dédiée à son fils, sur le thème de la symbiose mère-enfant.

Guidée par le Ghanéen Brian Quaye, Muna Mingole a réussi à faire éclore son talent aux multiples facettes. Non seulement chante-t-elle juste d’une voix vibrante, mais l’artiste est aussi productrice, compositrice de presque toutes les pièces, et une musicienne qui souffle dans sa flûte sur certains extraits. Et ceux qui l’ont vue au spécial de fin d’année de Belle et Bum savent qu’elle est une danseuse africaine branchée sur une ligne haute tension et que son sourire est simplement… irrésistible. Dipita est à prescrire aux victimes de la dépression hivernale : une heure de soleil garantie. (9/10)

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