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À tête reposée - Josée Legault L’ENFER EST ROUGE Le 23 janvier au soir, le Parti libéral du Canada – rouge de par sa couleur partisane et son unifolié adoré, tatoué jusqu’au fond de son portefeuille jadis commandité – est entré dans une autre teinte de rouge : celle de l’enfer de l’opposition. Même si le passage à l’opposition est supposé être un « purgatoire » salutaire pour les partis ayant perdu le pouvoir, dans le cas du PLC, l’opposition est un véritable enfer. Pour un parti tellement habitué à gouverner qu’il en fut baptisé le natural governing party of Canada, ne PAS être au pouvoir est une punition tout simplement infernale. * * * La loi des probabilités En témoigne l’incroyable empressement avec lequel les trois principales vedettes libérales pressenties pour succéder à Paul Martin ont décidé de passer leur tour. L’ancien vice-premier ministre, John Manley, l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick et ambassadeur canadien à Washington fraîchement démissionnaire, Frank McKenna, ainsi que Brian Tobin, ancien premier ministre de Terre-Neuve et éternel Capitaine Canada devant Dieu et les hommes, ont tous refusé de se lancer dans la course au leadership qui s’annonce au PLC. Quelques jours d’analyse froide et lucide des résultats du 23 janvier auront suffit à les faire reculer. En fait, c’est surtout la pensée de croupir 6 ou 7 années dans l’enfer de l’opposition qui aura mis fin à leurs ambitions pourtant amplement connues. Pourquoi au moins 6 ou 7 années ? Parce que la loi des probabilités joue maintenant contre les libéraux, et ils semblent l’avoir compris. Si Harper fait le moindrement un bon boulot dans la prochaine année, la probabilité qu’il obtienne un gouvernement majoritaire à la prochaine élection, possiblement en 2007, est extrêmement grande. On saura bientôt si cette analyse est aussi partagée par le dernier successeur vedette potentiel, Bob Rae, ancien premier ministre ontarien et proche de Jean Chrétien. * * * L’odeur du pouvoir Un autre facteur risquant de garder les libéraux dans l’enfer de l’opposition pour un bon bout de temps, est l’argent. Ou, plus précisément, celui qui a déjà commencé à fuir vers les conservateurs. Rien n’attire plus et mieux les milieux d’affaires que l’odeur du pouvoir. Et à Ottawa, pour les prochaines années, cette odeur sera celle du parfum de Stephen Harper. Avec une organisation déjà décimée au Québec par la guerre des clans Chrétien–Martin, des coffrets étonnamment dégarnis et des financiers ontariens qui se joindront à leurs collègues albertains pour mieux soutenir le Parti conservateur – dorénavant la « nouvelle voix fédéraliste du Canada » – le PLC est condamné à une teinte supplémentaire de rouge : celle des dettes. Dès que Stephen Harper aura, comme il l’a promis, interdit les dons d’entreprises aux partis politiques fédéraux, le PLC aura vraiment, vraiment des problèmes. La realpolitik étant ce qu’elle est, on peut aussi s’attendre à ce que – pour reprendre le mot délicieux du général de Gaulle – « tout ce qui grouille et scribouille » dans le sens de l’unité canadienne tourne maintenant le dos au même PLC qu’ils appréciaient tant pour mieux découvrir les vertus du fédéralisme d’ouverture de monsieur Harper. * * * Stéphane for President ! Et pourtant, il y aura, c’est certain, des candidats à la succession de Paul Martin. Dans l’équipe B, celle de seconde zone, les noms possibles abondent déjà : Michael Ignatieff, Joe Volpe, Scott Brison, Allan Rock, Belinda Stronach, Ken Dryden, etc. Même s’il est vraiment très peu probable que le prochain chef du PLC soit Québécois, on dit que les Denis Coderre et Martin Cauchon sont en réflexion. Allez, essayez de relire la dernière phrase sans rire… Mais la candidature québécoise la plus probable – quoiqu’il puisse en décider autrement – est celle de Stéphane Dion. C’est que le fier géniteur de la « Loi sur la clarté » est TRÈS populaire au Canada anglais. Plusieurs voient en lui le fils spirituel de Pierre Trudeau, un autre Québécois dont la mission était de « sauver le Canada » en remettant en question le droit à l’autodétermination de ses propres compatriotes. Il y a peu de chance qu’il gagne, évidemment. Mais comme d’autres le feront, il se positionnerait de manière avantageuse dans un monde politique qu’il semble bien avoir adopté pour de bon. Il n’y a qu’une seule certitude dans cette course au leadership qui se pointe à l’horizon : ni Liza Frulla ni Pierre Pettigrew ne seront de la partie. Ils feraient un peu trop losers pour relever un tel défi… * * * La bataille des clones Dieu seul sait qui sera finalement en lice pour cette course, mais si Stéphane Dion et Michael Ignatieff s’y présentent, le spectacle en vaudra le détour. On assisterait à une bataille entre deux clones de Pierre Trudeau, laquelle confirmerait à quel point le PLC est devenu le prisonnier idéologique de son ancien chef en ce qui concerne la question du Québec. Cet enfermement idéologique du PLC est d’ailleurs ce qui explique en partie le succès chez les nationalistes dits mous du fédéralisme d’ouverture, même minimaliste, de Stephen Harper. Quelle image : une lutte entre Dion, le père de la Loi sur la clarté, et Ignatieff, un intello patenté et prétentieux, ultra-trudeauiste, admirateur de Mordecai Richler et parachuté de Harvard au Canada où il n’a pas vécu depuis 30 ans ! C’est Harper qui serait mort de rire… > Lire les commentaires sur cet article
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