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Chronique du pays des eskers

LES ESKERS
par Daniel Saint-Germain

Je suis sûr, cher lecteur, que la première fois que vous avez posé les yeux sur le titre général de cette chronique, vous vous êtes demandé ce que peut bien signifier le mot « esker ». À Amos, nous avons le théâtre des Eskers, l’hôtel des Eskers, le CLSC-CHSLD Les Eskers… et à Saint-Mathieu-d’Harricana, il y a l’usine Eaux Vives Harricana, qui met sur le marché ses bouteilles d’eau Esker. Esker par-ci, esker par-là ! En fait, nombreux sont les Abitibiens et Témiscamiens qui, bien qu’ayant une vague idée de la signification de ce mot, ne savent pas précisément ce qu’est un esker.

Donc, cher lecteur, si votre Larousse n’était pas loin, vous avez sûrement laissé de côté votre lecture pour consulter votre dictionnaire, lui qui, en principe, sait tout. Mais vous avez fait chou blanc. « Allez voir Robert », qu’il vous a dit. Pas plus de réponse avec « tit Bob ». Vous vous êtes retrouvé le bec à l’eau. Que faire alors ? Déclarer forfait ? Nenni ! Vous êtes tenace. « J’irai chercher dans Google plus tard. » Mais il n’y a pas eu de « plus tard »… Vous avez procrastiné, sachant que, de toute façon, votre ignorance envers ce mot ne vous a pas empêché jusqu’ici de comprendre mes chroniques et que je finirais bien par vous mettre au parfum.

Eh bien voilà ! Ce jour est enfin arrivé. Je vais vous parfumer, moi qui ai « fouillassé » un peu partout et « googoolé » pour vous.

Qu’est-ce qu’un esker ?

Il faut d’abord exécuter un petit saut dans le passé. Cent mille ans. Ce n’est rien, 100 000 ans : c’est le début de la dernière grande glaciation qui atteindra son point culminant quelque 80 000 ans plus tard. Un énorme glacier recouvre alors tout le nord-est de l’Amérique. Le centre de cette calotte de glace est situé à l’emplacement actuel de l’État du Wisconsin.

Puis, sous l’effet d’un réchauffement climatique qui allait durer environ 13 000 ans, le glacier de plusieurs kilomètres d’épaisseur fond, se résorbe et se retire dans ses terres nordiques, non sans laisser au sol quelques traces qui, à la longue, se révèleront bénéfiques.

La gigantesque masse fond lentement, créant ainsi des rivières entre glace et sol. Ces rivières, soumises à de très fortes pressions, raclent la couche terrestre et drainent tous les matériaux qu’elles rencontrent. Vers la fin du long processus, le courant diminue puis cesse enfin, laissant au sol les alluvions charriées par les eaux de la fonte : sable, pierraille et grosses roches.

Ces dépôts forment de longs lacets, des espèces de dos-d’âne qui serpentent le territoire, plus ou moins orientés du sud au nord selon le tracé du retrait des glaces. Sous ces monticules se trouve la nappe phréatique. Voilà. Grosso modo et de façon très vulgarisée (je ne suis pas géologue), c’est ça, un esker : une nappe d’eau souterraine recouverte d’un filtre formé de sable et de pierrailles, comme une rivière et son lit inversés.

C’est pourquoi, en 2001, l’eau d’Amos a été déclarée, en Virginie de l’Ouest, la meilleure eau du monde, et l’est encore après quatre années.

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