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Notre Afrique

Le mystère de Tombouctou… déterré
par Lucie Pagé

Tombouctou… Petite, je croyais que c'était un lieu mystérieux et imaginaire, puisqu'on employait ce mot pour exprimer quelque chose situé à l'autre bout du monde, une autre planète peut-être, mais loin, inatteignable. Ce n'est que plus tard que j'ai découvert que c'était une ville du Mali, au nord-ouest de la grande boucle du fleuve Niger, au sud du désert du Sahara.     

Tombouctou, ville fondée par les nomades touaregs au XIe siècle, était la plaque tournante de l'échange de biens, surtout l'or, le papier et le sel, entre l'Afrique de l'Ouest et du Nord. Au XVIe siècle, la ville était le centre commercial et intellectuel de l'Afrique où différents peuples et religions se côtoyaient pacifiquement. Elle comptait trois universités, 180 écoles coraniques et des milliers de manuscrits. On disait à l'époque que « le sel vient du Nord, l'or du Sud et l'argent du pays des blancs, mais la parole de Dieu, les choses savantes, les histoires et les contes jolis on ne les trouve qu'à Tombouctou ».

Au XXe siècle, des dizaines de milliers de manuscrits ont été déterrés du sable et des cavernes, enfouis là par les Maliens, pour éviter qu'ils soient volés et qu'ils se retrouvent dans des collections nationales prestigieuses de l'Europe, entre autres par les Marocains qui ont quasi détruit la ville et ses bibliothèques en 1500 et par la France qui a colonisé le pays et « volé » beaucoup de ces précieux écrits. Tombouctou veut maintenant tout ravoir.

C'est à l'Institut Ahmed Baba (du nom du célèbre savant et homme de lettres malien né à Tombouctou – 1556-1627) que sont conservés ces manuscrits. L'institut constitue le premier projet culturel développé dans le cadre du NEPAD (nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) dans lequel des millions de dollars sont investis pour préserver, recopier, numériser et conserver les quelque 20 000 manuscrits qui s'y trouvent (ce qui ne constitue qu'entre 10 et 15 % de tous les manuscrits qui existent ou qui ont existé !). Les experts disent que ces manuscrits, écrits en caractères arabes (même les langues africaines), sont les plus anciens à avoir survécu en Afrique subsaharienne. Certains sont en hébreu, suite au passage des commerçants juifs dans la région à la recherche de l'or. Ils traitent d'astrologie, de mathématiques, de science, de médecine, d'économie et il y a même des livres d'instructions pour jouer de la guitare andalouse. On y retrouve des copies du Coran et une importante biographie du prophète Mohammed datant du XVIIe siècle et incrustée d'or.    

Pendant longtemps, on a cru, et professé, que l'histoire écrite de l'Afrique n'avait commencé qu'avec l'arrivée des Européens, que les Africains ne transmettaient leur histoire qu'oralement. Or, ces manuscrits prouvent le contraire. Le plus vieux manuscrit date de 1204.

Le président sud-africain, Thabo Mbeki, à la tête d'une campagne pour protéger et préserver les textes du trafic illégal et du délabrement a dit que « la traduction et la publication des manuscrits de Tombouctou rendront aux peuples africains leur dignité, leur fierté, leur respect de soi, leur honneur. Non seulement préservons-nous l'héritage de Tombouctou, du monde islamique et de l'Afrique, mais nous préservons ainsi le message de paix et d'amour, de pouvoir vivre ensemble dans un monde multiculturel puisque musulmans, chrétiens et juifs vivaient en paix ensemble dans le Tombouctou médiéval. » L'Institut Ahmed Baba, maintenant très couru par les étudiants et savants du monde entier, compte exploiter les manuscrits dont le contenu traite de l'actualité ; par exemple, il dispose d'écrits sur le règlement des conflits, l'environnement et la pharmacopée.

En cette ère de guerres religieuses, de destruction de l'environnement et de course aux médicaments et cures de toutes sortes, Tombouctou n'est plus un lieu à imaginer, mais un but à atteindre. 

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