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À tête reposée - Josée Legault L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS L’élection d’un gouvernement conservateur, avec une percée au Québec, interpelle sérieusement le Bloc et le Parti Québécois. La politique n’étant pas une science exacte, plus rien de ce que les stratèges de ces deux partis avaient prévu ne peut être tenu pour acquis. Surtout pas la victoire électorale facile vers laquelle le PQ se voyait voguer lentement comme sur un long fleuve tranquille. Le 23 janvier, le Bloc ne s’est pas effondré. Il a fait élire 51 députés – un bon score en terme de sièges –, mais il a néanmoins perdu 6 % de son vote populaire. * * * La prochaine fois À la prochaine élection fédérale, toute percée supplémentaire du Parti conservateur au Québec se ferait surtout dans la talle dite nationaliste molle, ou autonomiste, c’est-à-dire dans celle du Bloc. En effet, le vote libéral s’étant à peu près effondré au Québec, toute avancée future des troupes de Stephen Harper ici se ferait nécessairement aux dépens du Bloc. Cette fois-ci, le Parti conservateur a balayé la région de Québec – avec la Beauce et le Pontiac en bonus. La prochaine fois, si Harper livre le moindrement la marchandise promise aux Québécois, c’est dans la région de Montréal qu’il pourrait percer. Le 23 janvier dernier, le Bloc a surtout profité du transfert des votes fédéralistes ou nationalistes « mous » du PLC vers les conservateurs. Cela a permis au Bloc de se faufiler et de conquérir même quelques châteaux forts libéraux. La prochaine fois, c’est dans la talle bloquiste que le PC grugera encore plus. Ce qui pourrait faire perdre des comtés montréalais au Bloc. Pendant que le Bloc mandate sa vice-présidente pour analyser ce qu’on a appelé « l’énigme de Québec », Stephen Harper bouge ailleurs. Et il le fait assez bien. Il a recruté Michael Fortier dans son conseil des ministres, un avocat et homme d’affaires conservateur intelligent et des plus branchés. Sa mission sera d’établir des assises solides pour son parti dans la grande région montréalaise. De toute évidence, Harper se prépare déjà pour la prochaine élection. Il sait fort bien que s’il venait à obtenir un gouvernement majoritaire, c’est au Québec qu’il doit venir chercher les précieux sièges qui pourraient la lui donner. * * * Le piège Bien sûr, Jacques Parizeau peut avoir raison. Il est possible que le Canada anglais se rebelle contre la moindre petite parcelle de pouvoir, ou d’argent, cédée au Québec. Mais il est aussi possible que Harper manœuvre de manière à ne pas provoquer ce type de rejet. Les quelques controverses entourant certains membres de son conseil des ministres sont appelées à ne durer qu’un temps. Ici, on sait qu’il travaille étroitement avec Jean Charest depuis bien avant l’élection fédérale… Il n’y a aucune raison pour que cet esprit de coopération ne perdure pas, nonobstant quelques petites guéguerres prévisibles. En attendant, une chose est certaine : pour les prochains mois, le Bloc est piégé. Parce qu’il craint la prochaine élection fédérale comme la peste – craignant perdre d’autres sièges au profit des conservateurs – il se condamne lui-même à tenir ce gouvernement minoritaire à bout de bras. D’où la « collaboration » que ne cessent d’offrir les bloquistes aux conservateurs, ou cette émouvante « chance au coureur » qu’ils répètent sans cesse vouloir laisser à Harper. Et que dire de la crainte que des bloquistes commencent à se murmurer l’un à l’autre de possiblement voir quelques uns des leurs, craintifs de perdre leur siège la prochaine fois, être tentés de passer du côté conservateur comme l’a fait le très libéral David Emerson? Une autre motivation qu’ont les bloquistes de soutenir ce gouvernement le plus longtemps possible est celle de tenter de repousser une élection fédérale APRÈS la prochaine élection québécoise. La raison en est simple : tout recul supplémentaire du Bloc en terme de sièges ou de votes, AVANT l’élection provinciale, ne ferait aucun bien au PQ, son frère politique. Bref, seul un virage à droite radical et choquant du gouvernement Harper pourrait aider le Bloc à stopper les conservateurs au Québec. Sinon….. * * * Il y a de la compétition… Depuis sa naissance, le Bloc se « vend » auprès de l’électorat en brandissant ses missions : promouvoir la souveraineté et défendre les « intérêts du Québec ». Pris entre l’arbre souverainiste et l’écorce des sacro-saints « consensus québécois », le Bloc a trop souvent délaissé le premier au profit de l’autre. Face aux méchants libéraux centralisateurs et corrompus, cela était payant électoralement pour le Bloc. Aucun autre parti fédéral, hormis le Bloc, ne pouvait prétendre mieux défendre les intérêts du Québec. L’évidence en crevait même les yeux des fédéralistes. Avec le très provincialiste Stephen Harper – et sa cohorte de 5 ministres québécois plutôt compétents et nettement plus civilisés que leurs prédécesseurs libéraux – le Bloc a maintenant de la compétition sérieuse sur le terrain de la défense des intérêts du Québec. Décidera-t-il alors de se concentrer beaucoup plus sur la partie « souverainiste » de sa mission ? Jusqu’à maintenant, les sources œuvrant dans les officines du Bloc disent que la « défense des intérêts du Québec » demeure, et demeurera LA mission prioritaire de ce parti. Si tel est le cas, et que le Bloc s’entête dans cette voie, il pourrait trouver la concurrence des conservateurs de plus en plus musclée. > Lire les commentaires sur cet article
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