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Les aventures d'une voyageuse en solo Piété contre scolarité Pour connaître l’envers de la médaille, je fais un tour à l’université d’Istanbul. Quatre étudiantes en jeans délavés et chandails moulants sont assises sur l’herbe. Elles sont catégoriques dans leur opposition au port du foulard à l’école. Pourquoi ? « Les étudiantes doivent respecter la loi. La population est peut-être musulmane à 95 %, mais nous vivons dans un état laïque », répond Simla, étudiante en finance. « Êtes-vous croyantes ? » « Oui, mais nous n’avons pas besoin de cacher nos cheveux sous un foulard pour prouver que nous sommes musulmanes. La foi, c’est personnel. Je prie chez moi, sans me prosterner. Je ne sais même pas prier dans une mosquée ! » Simla ajoute que selon elle, les militantes comme Sumeyra utilisent la question du foulard islamique à des fins politiques. « Elles tentent de promouvoir l’islam et changer la nature laïque de notre pays. » Un groupe de cinq garçons attire mon attention. Que pensent les étudiants mâles de la loi ? Ils font preuve d’une certaine flexibilité face au port du foulard dans les établissements gouvernementaux et scolaires. « Mes amis et moi sommes pour la liberté vestimentaire. Nous croyons cependant que le foulard est une forme d’oppression pour les femmes car dans plusieurs cas, ce sont leurs familles qui les contraignent à le porter. » Il ajoute, en baissant le ton : « Nous ne craignons pas les femmes qui militent pour le port du foulard. Les gens qui nous font peur sont ceux qui promeuvent un islam radical dans les mosquées. Ils se servent des femmes victimes de discrimination vestimentaire pour faire avancer leur cause : la stricte application des principes islamiques. » Je m’approche de deux étudiantes qui observent leurs confrères jouer au basket-ball. Les paroles de Zeynep, qui étudie l’économie, font écho avec celles de Simla : « Le foulard islamique est plus qu’un symbole religieux ; il est devenu un instrument politique dont se servent les islamistes pour critiquer l’état. » Zeynep affirme que le parti AK (Justice et Développement), au pouvoir depuis 2002, souhaite que les femmes soient libres de porter le foulard. « Beaucoup de Turcs soupçonnent Recep Tayyip Erdogan, premier ministre et chef du parti, d’être plus islamiste qu’il ne le laisse paraître, même s’il dit vouloir que la Turquie devienne membre de l’Union européenne. Mais s’il veut réellement renverser la loi, il devra attendre, car un tel renversement nuirait à la candidature de la Turquie. En plus, on ne sait pas comment réagirait l’armée qui déplore les tendances islamistes du parti. » Selon Zeynep, la loi contribue à l’image moderne et laïque que la Turquie tente de renvoyer pour convaincre l’UE d’accepter sa candidature. « Mon pays est tourné vers l’Europe ; pas le Moyen-Orient. Il continue de se moderniser pour un jour faire partie de l’UE. » « Je suis pour l’interdiction, mais je pense que le gouvernement doit absolument trouver une solution à ce problème », dit son amie Gamze. « Il y a trop de jeunes femmes qui arrêtent leurs études par piété. C’est dommage. » Je repense à Sumeyra qui a choisi sa foi au détriment de ses études. Bien que je respecte sa décision, je ne peux m’empêcher de réitérer les paroles de Gamze : « C’est dommage. » > Lire les commentaires sur cet article
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