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Poing à la ligne - Normand Lester Le bilinguisme dans les forces armées : Les Dupond et Dupont enquêtent D’abord il y a eu la nouvelle que les forces armées ne se sont pas donné la peine de faire traduire en français des manuels d'instructions pour un nouveau canon automoteur. Les généraux ont rapidement changé d’idée. Pas avant que l'ombudsman des Forces armées canadiennes, Yves Côté, ait dit, en fronçant les sourcils, que c’était « préoccupant » et annoncé, tel l’inspecteur Clouzeau, qu’il entendait mener une enquête à ce sujet. De son côté, la commissaire aux langues officielles, Dyane Adam a découvert – tenez-vous bien – « des faiblesses importantes du point de vue du bilinguisme » d’un grand nombre de hauts responsables militaires. Fichtre alors ! Je tombe en bas de ma chaise ! Autre constatation qui a dû déclencher l’hilarité générale au ministère de la Défense nationale, la bonne dame a sorti sa loupe de Sherlock Holmes et a trouvé des indices démontrant « que le milieu de travail n’y [était] pas propice à l’usage du français. » Mieux. Utilisant ses extraordinaires capacités de déduction, elle écrit, ingénue, qu’elle a détecté que « la langue anglaise domine à tel point que les francophones ont tendance à recourir à leur langue seconde dans le cadre de leur travail quotidien. » Fou rire à l’état-major de la défense. Wow, quelle perspicacité ! Je dirais même plus ! Tout cela relève de la pantalonnade. Les rapports d’une désopilante candeur des Dupond et Dupont canadiens, l’ombudsman des forces armées et la commissaire aux langues officielles, n’y changeront rien. Même si les effectifs sont à 27 % francophones, dans l’armée, « c’est en anglais que ça se passe. ». C’était le cas en 1870, en 1917, en 1945, en 1950 et c’est le cas en 2005. Et ça le sera encore plus en 2050. Un anglophone peut faire carrière dans les forces armées et atteindre le sommet de la hiérarchie militaire sans jamais apprendre un mot de français alors que le contraire est impossible. Le Canada est un pays anglophone. Que voulez-vous, dirait Jean Chrétien. L’indifférence dédaigneuse au français n’est pas un phénomène particulier au ministère de la Défense nationale. C’est vrai dans l’ensemble de l’administration fédérale. C’est vrai partout au Canada. Et l’opinion publique anglophone en a soupé du bilinguisme. Elle a hâte qu’on en finisse avec cette supercherie trudeauiste qui n’a plus vraiment sa raison d’être. Le Canada anglais compte sur le côté lâche et frileux des Québécois en attendant que la démographie fasse son œuvre. Une question de quelques décennies. Les « Canadians » ne sortent de leur ignorance et de leur indifférence méprisante envers le français que quand le Québec menace de sortir de la confédération. Mais après deux référendums battus, le bluff ne provoque plus de panique. Il ne suscite que des ricanements. Les décideurs anglophones et les élites médiatiques du Canada anglais sont maintenant convaincus que nous sommes des loosers qui acceptons assez bien depuis deux siècles notre statut de citoyen canadien de seconde zone sans trop rechigner. Bien naïve la députée de Papineau, Viviane Bardot, la nouvelle critique du Bloc pour le bilinguisme qui croit que le mépris affiché pour le français dans les institutions fédérales conduit les Québécois à remettre en question leur adhésion au fédéralisme. Les Québécois, indépendantistes comme fédéralistes, pour des raisons différentes, sont résignés à la situation. La réalité incontournable est que le Canada est un pays unilingue anglais avec quelques enclaves bilingues en voie de résorption : le nord de l’Ontario, la péninsule acadienne, la colline parlementaire à Ottawa et quelques minuscules îlots épars d’un océan à l’autre. Les 35 ans de bilinguisme officiel sont une immense duperie. C’est d’ailleurs assez déprimant de devoir encore le rappeler. > Lire les commentaires sur cet article
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