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Notre Afrique

Le trône du roi de l'Afrique menacé
par Lucie Pagé

Il est le roi de la jungle : majestueux, noble, imposant. Il marche toujours la tête haute, auguste. Il est le héros de films, de livres, de poèmes, de romans, de cirques ; il pend, en or, les yeux diamantés, autour des cous des femmes ou repose sur de massives bagues aux doigts des hommes ; il fait ronronner les enfants, en peluche dans leurs bras. On le voit sur des billets de banque, sur des timbres, sur des sceaux officiels, sur des drapeaux. Il est un signe astrologique et il fut consacré « animal céleste » par les empereurs romains. Il est l'attrait premier des amateurs de safaris-photos. D'ailleurs, un safari n'est jamais vraiment complet tant qu'on ne l'a pas vu, aperçu même. Et lorsque cela arrive, surtout si c'est la première fois, même si c'est la centième fois, notre cœur se met à battre la chamade. Et le nec plus ultra, c'est de prendre un bébé dans ses bras et de le flatter. C'est magique. Le lion est le symbole de la faune de l'Afrique.

Symbole éternel, mais pas immortel…
La nouvelle a donc eu l'effet d'une bombe lorsqu'on a annoncé, il y a quelques semaines seulement, que le lion est une espèce menacée ! En fait, il est maintenant considéré comme « vulnérable » sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN (Union mondiale de la nature), le plus important organisme de conservation de la nature du monde. On estime le nombre de lions sur la planète entre 23 000 et 39 000. En Afrique de l'Ouest, il n'en reste plus que 1 500. En Afrique centrale, certains endroits ont perdu 90 % de leur population de lions et, sur tout le continent, le lion a disparu sur plus de 80 % de son ancien territoire. En 20 ans, on a perdu l'équivalent, ou à peu près, de ce qu'il reste aujourd'hui !

La chasse, la guerre, son territoire qui rétrécit progressivement parce que les zones humaines s'étendent, la réduction du gibier qu'il chasse et la dégradation de son habitat, en partie causée par les changements climatiques, sont toutes des raisons qui menacent le roi des animaux.

En janvier dernier, à Johannesburg, des délégués de l'UICN, du Wildlife Conservation Society et des représentants des différents gouvernements africains, de communautés qui se retrouvent sur le même territoire que le lion, de l'industrie touristique, des biologistes et des chasseurs de safari se sont entendus sur une nouvelle stratégie pour sauver le lion. On veut notamment mettre en place des législations dans les différents pays concernés pour gérer les conflits entre le lion et l'homme, des législations similaires à celles qui existent, par exemple, pour le guépard qui, comme le lion, s'attaque aux troupeaux de vaches, de moutons ou autres animaux de ferme. Mais puisque le guépard est classé animal en voie d'extinction, son statut est protégé par des programmes spéciaux en Afrique du Sud, dont celui de payer environ 2 000 $ aux fermiers qui endorment et apportent un guépard à un centre de protection au lieu de simplement le tuer. On veut commencer à faire la même chose avec le lion.

Des législations au niveau mondial sont aussi nécessaires en ce qui a trait au commerce de la viande et autres produits, notamment la fourrure et la tête qui, transformées en trophées, représentent une importante source de revenus pour les communautés locales. Il faut aussi assurer une population suffisante d'antilopes, la nourriture première des lions, et pour ça réduire l'étendue humaine et donc conserver les parcs. Et en créer d'autres si possible.

Quel gâchis si le seul lion qu’on pourrait entendre ronronner et flatter était désormais celui en peluche à piles de Wal-Mart… Si le vrai lion venait à disparaître, nous serions les rois de la bêtise.

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