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Mots sentis

Charles, « loser » québécois par excellence, sauvé par son ami Louis
par Annie Talbot

Titre : Pourquoi je ne me suis pas suicidé comme mon ami Louis
Auteur : Jean-Marc Beausoleil
Genre : roman québécois
Éditions : Lanctôt éditeur
Nombre de pages : 134
Prix en librairie : 14,95 $

Nous avons tous déjà connu quelqu’un ou entendu l’histoire d’une personne dont on n’arrive jamais à s’expliquer vraiment les raisons du suicide. Une âme pure que rien n’aurait pu souiller, de celles qui font de leur vie une œuvre d’art. Pour moi, cette personne s’appelait Stéphane. Pour le narrateur du roman que je viens dont je viens de terminer la lecture, c’était Louis.

Mais rassurez-vous, car le ton du roman n’est pas au deuil ni à la nostalgie. Charles est un « simple plumitif à gages » travaillant pour un journal à potins. Son ex vient de le laisser pour un autre et s’est assurée de lui faire payer l’appartement qu’il lui a cédé. Il habite depuis un minable studio et fréquente une jeune poulette aux seins volumineux qui l’appelle « papa » au faîte de l’orgasme. Entre son travail et ses parties de jambes en l’air, entre ses réminiscences sur son ami Louis et son immobilisme face à l’avenir, il est poursuivi par un revendeur de drogue auquel il doit du fric. Bref, Charles est « cassé », et c’est manifestement sa plus grande préoccupation que de ne pas le paraître.

Le récit semble à prime abord décousu. On a droit aux souvenirs du narrateur sur son enfance, son statut d’étudiant toujours désargenté, les manies de propreté de son ex, ses reportages sur la mort de Lady Di, les farandoles de son poète d’ami Louis… On assiste aussi à quelques scènes cocasses où se croisent des personnages somme toute assez stéréotypés : un Sylvain banlieusard qui ne se prive d’aucun luxe mais qui agit comme un cheap avec ses amis, un infographiste qui devient fou à force de chercher la photo de Dieu en jpeg, un pusher du nom de Tremblay qui aime bien se vêtir comme un Latino… Et toutes les péripéties ont pour musique de fond un tube diffusé dix fois par jour à la radio, dont les paroles rappellent vaguement quelque chose au narrateur.

Bref, même si la lecture est assurément divertissante, on se demande parfois où mèneront les aventures de ce Charles, jeune loup superficiel aux airs de branché du Plateau. L’analogie n’est pas innocente, car on a vraiment l’impression d’être témoin des aléas de la vie de M. Plateau, parangon du citadin québécois loser : cultivé, un brin artiste raté, BCBG, toujours sans le sou, sans véritable esprit d’initiative, attendant le miracle qui réglera ses problèmes pécuniaires. Et c’est précisément ce qui arrive dans le dernier quart de ce « théâtre d’improvisation burlesque ».

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