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Les aventures d'une voyageuse en solo Kitch turc, intestins et carabines J’ai juste le temps de m’écarter pour laisser passer une moto filant à toute allure. Ici, les motos partagent les allées avec les nombreux piétons, les gosses à bicyclette et les ânes tirant des chariots surchargés de fruits et légumes. Les commerces sont trop restreints pour accueillir plusieurs clients simultanément. Mieux vaut donc attendre que le commerçant vous donne l’objet désiré en allongeant le bras par-dessus son étalage coloré. Un homme m’invite à prendre le thé dans sa boutique. Je sirote ma boisson en admirant l’organisation qui y règne. Bouteilles de shampoing et de parfum, tubes de dentifrice, lotions hydratantes, crèmes à épiler et savons sont cordés sur des tablettes qui montent jusqu’au plafond. Le tout est si compact qu’une brosse à dents n’y trouverait pas sa place… Trois garçonnets s’enquièrent de mon nom et me donnent deux roses avant de disparaître dans la foule. Les commerçants me saluent ; tous veulent connaître mon pays d’origine. Impossible de faire trois pas sans que quelqu’un m’invite à boire le thé. Un homme me fait cadeau de quelques prunes et un autre me fait goûter à ses sucreries. La beauté de ce bazar, c’est qu’il n’est pas touristique comme ceux d’Istanbul. Une invitation est donc un signe d’hospitalité plutôt qu’une tentative déguisée de vente. Ce bazar est une véritable petite ville à l’intérieur de Sanliurfa. Tous les services nécessaires sont offerts : coiffeurs et barbiers ; cordonniers et couturiers ; mosquées et hammams ; restaurants et salons de thé ; pâtisseries et boulangeries. Les artisans travaillent les pièces de cuivre et argent, qu’ils chauffent et battent dans un vacarme de « toc, toc ! » et « cling, cling ! » Ça sent le pain chaud et le métal brûlé, les brochettes de viande et le café fraîchement moulu. Les arômes sucrés des lokums s’ajoutent à celles des épices, de la pâte de tomate, des savons et des sacs débordant de tabac et de henné. Ces odeurs se mélangent pour former un pot-pourri qui pénètre mes narines et me colle à la peau. Je m’attarde devant les étalages de fruits secs et de noix en salivant un bon coup. Ce bazar possède aussi son petit côté quétaine. Mon œil critique s’amuse à repérer ce que je considère comme le summum du kitch turc. Un sofa à carreaux bruns et beiges qui ferait le bonheur d’un hippie nostalgique. Des affiches montrant des rivières d’un bleu scintillant qui sillonnent des collines vert fluo. Des fleurs en tissu aux couleurs pastel et des fruits décoratifs en plastique. Du velours noir décoré de paillettes multicolores. Des sandales rose bonbon et des bottes de caoutchouc orange. De lourdes bagues en or ornées d’énormes diamants rouges et des pendentifs en forme de cœur. En ce qui concerne les fusils de chasse et les têtes de chèvres, on s’en reparlera la semaine prochaine… > Lire les commentaires sur cet article
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