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Chronique du pays des eskers TOPONYMIE Certains noms amérindiens étonnent par leur sens descriptif, leur poésie, leur pouvoir évocateur. Parmi les plus connus : Abitibi (la région) signifie « eaux du milieu ». Macamic veut dire « castor boiteux ». La rivière Harricana, qui se déverse dans la baie James, est la « rivière aux biscuits » ou « aux galets ». Témiscamingue, (le lac qui a donné son nom à la région) : « eaux profondes » ; le lac Kipawa, au Témiscamingue : « c’est fermé » ; le lac Matchi-Manitou est le lac du « Mauvais Esprit » ; Kanasuta (pensez à Richard Desjardins) signifierait « endroit où on entend un son » ou « endroit où les diables vont danser », selon que l’on souscrit à l’expression algonquine ou à l’ojibway ; le lac Osisko, à Rouyn-Noranda : « rat musqué » ; Obaska : « détroit herbeux », selon les Cris ; et la liste se prolonge… Quant aux Blancs, ils manquent d’imagination à cause de l’absence de poésie et de merveilleux dans leur toponymie, qualités que possède celle des Premières nations. Aux endroits qu’ils ont prétendu découvrir, conquérir, exploiter et évangéliser, les Blancs ont donné leur propre nom ou celui d’un de leur race, pour rendre hommage à un géologue, un prospecteur, un arpenteur-géomètre, un membre du clergé, un politicien, pour laisser une trace de leur passage et peut-être flatter leur ego. Pensons aux villages du Témiscamingue qui portent des noms d’ecclésiastiques : Cloutier, Moffet, Fugèreville, Lorrainville, Latulipe, Fabre, Laniel ; à ceux nommés en l’honneur d’hommes politiques, plus haut sur la carte : Taschereau, Authier, Miquelon ; à la rivière Bell, qui doit son nom à un géologue ; aux prospecteurs Sullivan et Siscoe, qui ont donné leur patronyme à une mine, à une localité et à une île. Beaucoup de ces désignations géographiques et de ces noms de villages sont liés à notre passé. Connaître leur origine, c’est feuilleter l’album généalogique de notre histoire. Mais il est bon de savoir que plus de la moitié des appellations ne proviennent pas de la région. En effet, d’où viennent les Bourlamaque, Malartic, La Motte, Rouyn, Palmarolle, La Corne, Barraute, Senneterre, etc,? Qui a décidé de donner à nos villes, villages et cantons tous ces noms étranges qui ne représentent rien pour nous, qui n’évoquent rien de notre passé et qui ne semblent pas, de prime abord, nous donner un sentiment d’appartenance historique ? En 1908, le ministre des Terres et Forêts de l’époque, Adélard Turgeon, baptise par proclamation les sept nouveaux cantons situés le long de la ligne de chemin de fer, de la frontière ontarienne vers l’est. On leur donne les noms des régiments de certains officiers valeureux de Montcalm. Nous avons, dans l’ordre, les cantons de La Reine, de La Sarre, de Royal-Roussillon, de Languedoc, de Guyenne, de Berry, de Béarn. On donne aux localités situées à l’intérieur et autour de ces cantons les noms des officiers. Tellement « confusant » que l’on ne sait plus si notre canton, ville ou village, porte le nom d’un officier ou celui d’un régiment. C’est « confusant », mais c’est si beau... Source : Itinéraire toponymique de l’Abitibi-Témiscamingue, Benoît-Beaudry Gourd et coll., Les Publications du Québec, 1984. > Lire les commentaires sur cet article
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