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L’argent par les fenêtres
par Michel Brûlé

Un jour, je suis allé en Bulgarie, pays qui fait partie de la francophonie, pensant qu’on y parlait le français. J’ai pris l’avion depuis Paris où tout le monde parlait bien sûr la langue de Molière. En attendant dans l’aéroport, j’ai appris quelques mots de bulgare et j’étais bien fier de moi. À mon arrivée à Sofia, j’ai eu un méchant choc en me retrouvant dans un restaurant où absolument personne ne parlait ma langue. Je me suis quelque peu ridiculisé en imitant le cri du cochon pour manger du porc.

Comme j’aime les défis, je suis revenu dans ce pays fascinant qu’est la Bulgarie et j’ai appris la langue. La gastronomie bulgare est excellente ; l’alcool du pays s’appelle la rakia, qu’on connaît en France ou en Italie sous le nom de marc ou de grappa. J’ai voulu exporter ce fameux nectar au Québec et j’ai rencontré un certain nombre de propriétaires de vignobles produisant cette boisson. J’ai été surpris d’apprendre que la SAQ était leur plus gros client.

Dans presque tous les pays, la vente d’alcool est privatisée. La question est de savoir si nous devrions faire de même. La tentation est grande, surtout après cette histoire de ristournes, qui a une odeur de scandale. Par contre, il faut faire attention avant de se départir de cette vache à lait. Il est évident que le privé administre les budgets de façon beaucoup plus rigide que les gouvernements. Le hic, c’est de savoir si la privatisation de la SAQ sera rentable à l’État québécois.

Ces derniers temps, je me suis senti effaré par la voracité des sociétés d’État. Avez-vous entendu, par exemple, la pub de la SAQ où une commis chante « Bonne Fête » à un
client ? Le client en question a bénéficié d’une réduction de 20 $ pour avoir acheté 150 $ de produits. On se croirait dans un univers orwellien, ma foi !

Des exemples de voracité, il y en a des tonnes. En commençant par Hydro-Québec. Je comprends les gens moins fortunés de se plaindre, mais je partage aussi les doléances des nantis. Étant donne que j’ai étudié à l’université pendant huit ans, j’ai passé une bonne partie de ma vie sous le seuil de la pauvreté. Aujourd’hui, je suis de l’autre côté de la clôture. L’évidence est que les pauvres ont autant raison de crier que les riches.

Au Québec, quand tu commences à avoir un peu d’argent, tout te tombe sur la tête. Les impôts, la taxe de Bienvenue, les taxes scolaires et tutti quanti. Essentiellement, on est censé taxer les mieux nantis pour mieux partager la richesse. Malheureusement, nous sommes loin de ce bel idéal. Ma perception des choses est simple : le gouvernement lance l’argent par les fenêtres et, surtout, il en fait profiter les amis du système.

Je suis convaincu que, si le gouvernement était boucher, il vendrait le boeuf haché à 50 $ la livre. Nos routes sont un bon exemple de mauvaise gestion. Comment expliquer que, dans un pays plutôt pauvre comme la Russie qui connaît des hivers comparables aux nôtres, les routes soient beaucoup plus belles que chez nous ? Année après année, on dépense des milliards pour réparer nos routes, et ces fortunes se retrouvent dans les mains de compagnies d’asphaltage qui se garantissent des contrats toujours plus faramineux en ne faisant que réparer les pots cassés. Il existe une façon d’asphalter nos routes pour qu’elles soient durables. Pourquoi les gouvernements ne bougent-ils pas ? Ont-ils peur de déplaire aux amis du système ? Dans ce cas, il ne faut plus parler de démocratie, mais bien de ploutocratie ou d’oligarchie.

Un des problèmes des gens d’affaires est celui de la liquidité. Comme les banques tirent toujours la couverture de leur bord, il n’est pas évident pour un entrepreneur d’obtenir de l’aide lors des fins de mois difficiles. Savez-vous comment se comporte notre beau gouvernement québécois, qu’on qualifie encore d’État-providence, si une entreprise ne réussit pas à rembourser les taxes, TPS et TVQ, à temps ? Cette entreprise devra payer des pénalités de 1 % par jour jusqu’à concurrence de 15 %. Tu dois 100 000 $ et, 15 jours plus tard, tu dois 115 000 $. Merci, Ô cher État-providence !

La classe moyenne et les riches payent de plus en plus de taxes et d’impôts, mais personne n’en a pour son argent. Pas même les pauvres. Le gouvernement se doit de faire le ménage. Que des compagnies d’asphaltage ou que l’industrie pharmaceutique accumulent des fortunes sur le dos de l’État et de la population est inacceptable ! Le jour où le ménage sera fait, la SAQ et les autres sociétés d’État seront moins gourmandes, les moins fortunés seront mieux servis, et les plus riches paieront moins d’impôts. Tout cela ne relève pas de la fiction. Il ne manque que la volonté politique. Ce jour-là, peut-être pourrons-nous envisager une privatisation de la SAQ vraiment profitable pour l’État et la population.

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