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Les aventures d'une voyageuse en solo Kitch turc, intestins et carabines Prenant mon courage à deux mains, je m’approche de la boucherie qui s’apparente davantage à un dépôt d’animaux morts. L’odeur de la viande laissée trop longtemps à la chaleur me prend à la gorge. Je manque de glisser sur le sol recouvert de sang. Les animaux sont dépecés sur place. J’ai droit à des pyramides de têtes de moutons et de chèvres, et des pattes ensanglantées. Des intestins, boyaux et os éparpillés à même le sol côtoient des sacs remplis de sang, où flottent des morceaux de provenance incertaine. Ma caméra fait un tabac. Tous insistent pour que j’immortalise leur portrait. Un homme pose fièrement à côté du cadavre de sa vache. Des gamins me demandent de les photographier derrière les amoncellements de têtes. À ma sortie de la boucherie, je fais face aux commerces de peaux de mouton. Les immenses morceaux d’un beige caramel accrochés aux murs absorbent la poussière de la rue en attendant de trouver preneur. Au hasard de ma promenade, je tombe sur un commerce qui attire mon attention. Des pistolets reposent derrière la vitrine. Leurs prix sont affichés : l’équivalent d’une vingtaine de dollars. Des couteaux de chasse et des boîtes de munitions leur tiennent compagnie. – Pas des vrais ! me lance le propriétaire, un moustachu souriant à l’épaisse chevelure noire. Il m’invite à entrer dans sa boîte à sardines et m’explique que les propriétaires d’animaux achètent ces faux pistolets pour effrayer rôdeurs et voleurs potentiels. L’homme ajoute : – Mais si homme avec pas vrai pistolet rencontre homme avec vrai pistolet… Boum ! Mort ! Ha-haaa ! Des carabines sont accrochées sur le mur du fond. Une affiche informe les clients que ces armes sont otomatik. – Ces carabines, elles sont vraies ? – Oui ! Tu veux acheter ? Ha-haaa ! – Pas aujourd’hui, merci. Elles sont pour la chasse ? – Non ! Pas pour tuer animaux ; pour tuer humains ! Il rit à gorge déployée. Je soupçonne toutefois qu’il y a une pointe de vérité dans sa blague. Il décroche une carabine et me la tend. Elle doit peser au moins cinq kilos. Je la lui redonne, lui disant que je n’ai pas l’intention de m’armer jusqu’aux dents. Je lui demande si je peux photographier sa boutique. Il tient sa carabine à deux mains et adopte un air solennel. De retour à l’hôtel, je raconte mon baptême des armes à Mustafa, le propriétaire. Il rit lorsque je lui dis que les pistolets étaient des faux. – Bien sûr qu’ils sont faux ! À ce prix ! Il ouvre le tiroir de son bureau et sort un pistolet. – ÇA, c’est un vrai pistolet ! s’écrit Mustafa. Pour me le prouver, il en retire les munitions et fait mine de tirer en direction de la porte. – Juste au cas où… dit-il en guise d’explication. Il recharge son arme, la remet dans son étui et referme le tiroir. – Je ne m’en suis jamais servi et inch’Allah, je n’aurai jamais à m’en servir… > Lire les commentaires sur cet article
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