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Les aventures d'une voyageuse en solo 15 mai 2006 Une question de point de vue Ridvan, 27 ans, connaît bien le mouvement séparatiste au Québec. Cette question le touche de près, puisqu’il est Kurde. — Peu importe dans quel pays naît un Kurde, il est avant tout Kurde. Je ne me sens pas Turc du tout. Ridvan ne rêve pourtant pas d’un État indépendant. Il désire simplement que le gouvernement reconnaisse le droit aux Kurdes de préserver leur langue et leur culture, principalement en recevant une éducation scolaire en kurde. — Comme les Québécois, nous nous battons pour préserver notre langue, le fondement de notre identité. En 2002, la Constitution fut amendée pour permettre aux Kurdes d’être instruits dans leur langue, et de publier et diffuser tout ouvrage en kurde. Or selon Ridvan, la majorité des programmes télévisés sont en turc, les stations de radio diffusent presque exclusivement de la musique turque, les établissements scolaires n’offrent pas de cours en kurde et les employés gouvernementaux ne parlent pas kurde. Ridvan voudrait que les cartes d’identification que chaque citoyen doit avoir sur lui en tout temps mentionnent l’ethnie de leur propriétaire. — Les cartes indiquent « Turc », sans préciser si la personne est kurde, grecque ou arménienne. Elles devraient refléter qui nous sommes réellement. Samet et Harun sont deux Kurdes de 25 ans, qui étudient dans une université de Van, ville située dans l’extrême-est de la Turquie. Samet parle kurde couramment, alors que Harun n’a qu’une connaissance minime d’une langue dont ses compatriotes sont pourtant si fiers. Je leur demande s’ils sont parfois victimes de discrimination du gouvernement ou des citoyens turcs. — Bien sûr ! Je veux être instruit dans ma langue à l’université, mais je ne peux pas, dit Samet. Je lui rappelle l’amendement constitutionnel. — Ce n’est qu’une formalité pour plaire à l’Union européenne. C’est possible de prendre des leçons de kurde, mais seulement dans une école privée. — J’ai eu de la difficulté à trouver un emploi quand je vivais sur la côte ouest, ajoute Harun, en cachant mal sa frustration. Les propriétaires d’hôtels refusaient de m’engager en raison de mes origines kurdes. Ils voyaient sur ma carte d’identité que je suis de Diyarbakir, où la population est kurde. — Et que pensez-vous de l’armée turque ? — Je déteste l’armée ! s’exclame Samet. Il y a trois mois, je manifestais avec d’autres étudiants pour l’instruction en kurde. La gendarmerie a embarqué 63 manifestants, moi y compris, et nous a détenus pendant des heures. Dès que les Kurdes demandent quelque chose, les soldats débarquent et les emprisonnent. — Avez-vous été maltraités ? — Ils ne maltraitent pas les étudiants. C’est différent pour les non-étudiants. En 1995, mon frère et mon cousin ont été arrêtés pour avoir demandé l’instruction en kurde. Ils ont passé deux mois en prison et ont reçu des chocs électriques. À sa sortie, mon frère a été confiné à son domicile pendant neuf ans ! Il a été libéré l’année dernière, dit Samet. Malgré tout, les deux amis ne souhaitent pas la création d’un État kurde. — J’aime la Turquie ; c’est mon pays. Je ne demande que sa démocratisation pour que les Kurdes aient plus de droits, dit Harun. — Moi, je souhaiterais que les prisonniers ne soient plus maltraités. Je ne veux pas que mes enfants vivent les mêmes difficultés que moi ― manifestations, arrestations, discrimination, etc. Je serais inquiet pour leur sécurité, conclut Samet. Une inquiétude que partagent familles turques comme kurdes. > Lire les commentaires sur cet article
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