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Éditorial Le monde selon la CIA Prenons l’exemple du Canada qui est, rappelons-le, le principal partenaire économique des États-Unis. Selon les données du Factbook, 28 % des Canadiens seraient originaires des îles britanniques et 23 % de la France. Mais que veulent dire ces chiffres ? En 1760, au lendemain de la Défaite de la bataille des plaines d’Abraham, la majorité des Écossais ne parlaient pas l’anglais comme langue maternelle et les Irlandais encore moins. Au milieu du XIXe siècle, l’Angleterre a provoqué artificiellement une famine en Irlande pour affaiblir ou anéantir le pays, et des milliers d’Irlandais affamés ont trouvé refuge au Québec. Ils sont demeurés en quarantaine à Grosse-Île où 6 000 des leurs sont morts. Un monument écrit en gaélique témoigne de ces tristes événements. Vous comprendrez que si le World Factbook avait fait la différence entre les origines anglaise, écossaise et irlandaise, le pourcentage de Canadiens originaires de la France serait supérieur à celui des îles dites britanniques. Le portrait que brosse la CIA de l’Ukraine est lui aussi mensonger. Il faut savoir qu’une lutte de pouvoir est engagée entre les États-Unis et la Russie. Victor Youchenko, président ukrainien et leader de la révolution orange, avait ouvert la porte aux Étasuniens, mais il a perdu la confiance de la majorité des Ukrainiens. L’Ukraine restera-t-elle sous l’influence des États-Unis ou de la Russie ? L’avenir nous le dira. En attendant, la CIA essaie de nous faire croire que l’Ukraine est un pays où le fait russe est négligeable. Voici les chiffres : 77,8 % de la population serait d’origine ukrainienne et 17,3 %, d’origine russe. Quelque 67 % des gens parleraient l’ukrainien et 24 %, le russe. Voyons les faits : l’Ukraine a longtemps été sous le joug de la Russie. Mais soulignons aussi qu’à une époque, l’Ukraine était l’un des berceaux de la Russie et que Kiev, actuelle capitale de l’Ukraine, était la capitale de la Russie. De 1919 à 1991, l’Ukraine faisait partie de l’URSS et tout le monde parlait et étudiait le russe. Aujourd’hui, l’Ukraine est séparée entre l’ouest ukrainophone et le reste russophone. Les rarissimes personnes qui ne parlent pas le russe sont des jeunes originaires de l’ouest du pays nés peu avant, pendant ou après l’effondrement de l’Union soviétique. Ces exceptions deviendront probablement la règle dans l’ouest du pays parce qu’on enseigne l’anglais comme langue seconde maintenant. Un jour, j’ai vu à la télé russe une carte de l’Ukraine divisée selon les régions linguistiques. Cette carte montrait que près du trois quarts du territoire est russophone. J’ai été à même de constater cette réalité chaque fois que j’ai sillonné le pays. Si vous allez à Lvov, la plus grande ville de l’ouest et l’un des foyers du nationalisme ukrainien, même les plus nationalistes reconnaîtront qu’au moins 60 % des Ukrainiens sont russophones. Quand les médias québécois ont couvert la révolution orange, ils l’ont fait à travers le prisme biaisé et propagandiste des États-Unis. Combien de fois cela arrive-t-il ? Trop souvent, malheureusement. Je le répète : il faut entretenir de bonnes relations avec nos voisins du sud tout en prenant nos distances. Leur impérialisme, leur malbouffe, leur violence ne devraient pas être de nos affaires. > Lire les commentaires sur cet article
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