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Les aventures d'une voyageuse en solo

31 mai 2006

Interrogatoire à la pakistanaise
par Marie-Eve Martel

Il n’y a rien à voir à Umarkot, village perdu aux abords du désert du Cholistan, dans le sud-est du Pakistan. Ses constructions basses ressemblent à des boîtes de carton. Les ruelles poussiéreuses sont jonchées de détritus. Des enfants jouent au criquet sur un terrain vague.

En fait, il n’y a qu’une seule chose à voir ici : moi. Une jeune étrangère se baladant seule, vêtue d’un shalwar kameez jaune moutarde, fait plus qu’attirer les regards ; les hommes s’arrêtent de travailler et les garçonnets me talonnent dans le bazar. Rares sont les sourires, et ma présence fait taire les conversations. Comme si ces gens n’avaient jamais vu de touristes. Même les ânes, chèvres et chameaux me fixent.

Je lance des « salam alikoum » amicaux à mon auditoire majoritairement masculine ― les femmes sont rares. Mots magiques ! L’ambiance se transforme; les regards s’adoucissent et les hommes me répondent chaleureusement.

Une camionnette blanche s’arrête à ma hauteur.

—    Pardon Mademoiselle. On m’a dit qu’une étrangère loge à Umarkot. Je dois t’interroger et assurer ta sécurité, me dit le conducteur.
—    Vous êtes de la police ?
—    Oui, inspecteur de police.

Il me tend sa carte d’identité. Elle me paraît légitime. Mais qu’est-ce que j’en sais, au juste ? Je n’ai aucune idée à quoi peut ressembler la carte d’identité d’un inspecteur de police pakistanais...

L’homme me demande de lui montrer mon passeport. À la vue des dizaines d’hommes et de garçons qui entourent la camionnette, je dis à l’inspecteur que je ne sortirai pas mon passeport au milieu de cette foule; il serait préférable de se rendre à mon hôtel. J’évite ainsi de lui laisser mon passeport entre les mains. Ce serait facile pour lui de filer avec le précieux document, alors que je serais prise dans un spaghetti humain. Il accepte.

Nous nous retrouvons sur la terrasse de l’hôtel.

—    Je suis l’inspecteur Qamar, branche spéciale de la police. Tu es seule ? Pas d’amis ?!
—    Oui, seule.
—    Tu es la première étrangère à venir seule à Umarkot en quatre ans !

D’où les regards intrigués et les bébés se mettant à pleurer en me voyant…

—    Est-ce que je peux passer la nuit ici ?
—    Oui, mais je dois te fournir une garde armée.
—    Une garde armée ?! C’est vraiment nécessaire ?
—    Oui. Deux hommes armés devant l’entrée de l’hôtel. Nous sommes responsables de ta sécurité. S’il t’arrive malheur, mes supérieurs croiront que je dormais ! dit-il en riant.

Il me questionne sur mon itinéraire, mon emploi, les raisons de mon voyage, etc., et note tout par écrit. Il a aussi en main les photocopies de mon passeport et visa que j’avais laissées au gérant de l’hôtel ― au Pakistan, il faut remettre ces photocopies à la réception de chaque hôtel. L’interrogatoire terminé, il me remercie et disparaît.

Alors que je m’attable au restaurant de l’hôtel, un homme me demande s’il peut s’asseoir avec moi. Sans attendre ma réponse, il prend place devant moi.

—    Je suis Mohammad Yusef, service de renseignement pakistanais.

Il me sort sa carte d’identité. Encore un interrogatoire ?

À suivre la semaine prochaine…

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