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On doit se souvenir

LÀ, J’EN AI ASSEZ !
par Yves Pelletier

L’indifférence de la population devant les faits, c’est plus que je suis capable d’en supporter.

Y a-t-il quelqu’un capable d’affirmer connaître avec certitude ce qu’un autre peut penser ? On parle de souveraineté, d’indépendance pure. On attribue des positions sociales à nos élus avec seulement quelques paroles lancées ici et là !  On traite de raciste un tel, de faible un autre. On qualifie son voisin de fédéraliste et les terroristes de passionnés ! Lucien Bouchard est comme cela, Mario Dumont est comme ceci. Stephen Harper est un… et Boisclair, est autre chose.  Facile d’analyser l’incertitude ; on peut dire n’importe quoi et il y aura toujours quelqu’un qui dira le contraire. On se plait dans la spéculation, car il est facile de spéculer !

En fait, en demeurant au niveau des spéculations, on peut aisément passer pour un génie quand elles se réalisent dans le futur. Y a-t-il des médiums parmi les lecteurs ? En tout cas, si la majorité d’entre eux ne détiennent pas de pouvoirs divinatoires, il y en a une maudite gang qui le prétend dans ce journal !

Voyez par vous-mêmes : les sujets, depuis cinq mois, ne manquent pas au Journal Mir. Les affirmations, les démonstrations de connaissances faites à outrance et les certitudes condescendantes pleuvent. Facile à faire quand rien n’est certain ! Un bon film de suspens ne réussit-il pas à détourner votre attention pour vous saisir avec un punch en finale ? Et bien, l’être humain est pareil face à la politique : on ne sait jamais ce qu’il peut réellement penser avant le dénouement …

Ah ! Le verbe est aisé pour certains. La spéculation va bon train, l’analyse est savante et la conclusion fatale.
« REGARDEZ-MOI ! » crieront en choeur ces habiles prosateurs sociaux. « JE SUIS UN GÉNIE ! »

Mais que se passe-t-il devant des faits accomplis ? C’est la sécheresse intellectuelle la plus aride jamais connue qu’on nous démontre ! Vous restez sans mots envers une dépense scandaleuse d’un de nos élus. Vous êtes prêts à écrire un livre en partant d’une affirmation anodine venant d’une personne de pouvoir. Affirmation peu solide, faut-il spécifier ici, puisque nous ne savons jamais ce que cette personne pense réellement.

Mais si cette même personne dépense votre argent à outrance dans des restaurants luxueux, vous semblez alors souffrir du syndrome de la page blanche. En fait, vous êtes tous incapables d’apporter quoi que ce soit de constructif. Vous faites entendre vos voix seulement pour avoir la chance de vous faire valoir vous-même à l’aide de supputations sur la pensée de la personne visée.

Les personnes qui nous dirigent s’amusent à nous maintenir dans la confusion par des raisonnements et des affirmations aléatoires. Puis, vous vous faites prendre au jeu !  Mais, étant donné que cette même personne voyage en première classe à vos frais vers des destinations politiquement et socialement nulles, on peut dire que vous tartinez vos rôties avec la marmelade de votre indifférence.

Oui, je suis frustré de voir que personne ne s’indigne de toutes ces escroqueries, dignes du pire banditisme de notre siècle, par la tribune qu’offre ma chronique. Oui, cela m’inquiète de constater votre indifférence. Et, oui, j’espère encore que vous allez réagir. Mais seriez-vous en mesure de le faire dans le sens de ma conception de la réalité et des revendications qui m’importent ? Ou bien dans le sens de celles que vous croyez êtres les miennes ?

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