MIR

Vous êtes ici : > La politique | > Politique nationale | > fiche

À tête reposée - Josée Legault

PROVINCE À VENDRE
par Josée Legault

Le cadavre politique de Thomas Mulcair – ministre de l’Environnement jusqu’à la semaine dernière – était encore chaud que Jean Charest se précipitait pour donner le feu vert à la vente future du cœur du parc national du Mont-Orford.

Pendant des années, des proches du premier ministre et du Parti libéral, dont André L’Espérance et l’ancien ministre Paul Gobeil, ont mené une campagne assidue de lobbying pour y développer un projet immobilier lucratif de 950 condos ainsi qu’un luxueux terrain de golf.

Claude Béchard, le nouveau ministre de l’Environnement nettement plus proche des milieux d’affaires que son prédécesseur, nous assurait avec le plus grand des sérieux, que nonobstant les amitiés libérales des promoteurs, la vente des installations se ferait avec un appel d’offres public. Bien, voyons donc…

*  *  *

L’encan
En s’inspirant de la chanson « L’encan » de Félix Leclerc, voici de manière un peu plus « poétique » ce à quoi ressemble la saga du Mont Orford :

« Approchez messieurs dames... Une belle p'tite montagne à vendre, pas chère. Pleine de beaux p'tits skieurs et de golfeurs qui viennent frayer ici les poches pleines. À vendre avec des condos, des jacuzzis et de l’après-ski en masse. Sur des centaines d’hectares sans compter le parc national. Laissons pas aller ça nous autres ! Quoi ? I'll take it ! Tiens... un libéral.  Une fois, deux fois, trois fois, vendu ! Installez-vous messieurs ! Keep away. Liberal members only. Ah, y faut pas que mon histoire finisse là. »

Heureusement, l’histoire, en effet, ne se termine pas là. Après l’autre saga, celle du Mont-Tremblant, brader de la sorte le Mont Orford – une part du patrimoine environnemental et écologique du Québec – est tout simplement inacceptable.

À l’instar du Suroît, on peut donc s’attendre à ce que des opposants de plus en plus nombreux, incluant le fraîchement élu conseil du Canton d’Orford, se mobilisent contre cette vente de feu.

L’ancien ministre de la Justice, Paul Bégin, va même jusqu’à suggérer de prendre une action en nullité et de demander une injonction contre toute tentative de privatiser cet espace de conservation.

Je ne suis pas une experte en développement durable, mais il est clair que ce que le gouvernement Charest appelle ici du « tourisme durable », se traduit en fait par un projet de
« profits durables » pour des promoteurs. Et que ces profits se feront aux dépens des contribuables et de l’environnement québécois.

*  *  *

De l’idiotie la plus pure
Pis encore, le projet, en soi, tient de l’idiotie la plus pure. D’ici 30 à 50 ans, les changements climatiques feront qu’il y aura probablement de moins en moins de neige dans ce coin du Québec.

La construction de 950 condos taxerait déjà à outrance la capacité de cette petite municipalité de fournir l’eau potable et les infrastructures nécessaires pour soutenir un projet d’une telle ampleur. Et moins il y aura de « vraie » neige, plus les promoteurs devront produire de la neige artificielle pour pallier ce manque.

Ce qui, à son tour, exigerait des quantités d’eau potable et d’énergie telles que la station de ski risquerait de fermer carrément.

Il n’y a donc aucun impératif économique, ni même bêtement mercantile à vouloir amputer ce parc national. Du moins, pas à long terme. Une seule hypothèse reste donc : on se fout du parc, on se fout de ce qui arrivera dans 50 ans. L’important pour les promoteurs, et ceux qui les soutiennent, est de faire le maximum de profits le plus rapidement possible.

Certains appelleront cela du copinage, d’autres de l’irresponsabilité crasse. D’autres encore parleront de corruption et de retours d’ascenseur. Chacun en tirera ses propres conclusions.

*  *  *

Celle qui va…
Sur une tout autre note, la députée péquiste de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, annonçait lundi qu’elle quittera son poste le 1er juin prochain.

Celle qui appuya fidèlement Pauline Marois jusqu’à en perdre, punie à l’époque par Bernard Landry, son poste de whip adjointe du parti et la prime annuelle de 15 000 $ qui l’accompagnait, s’en va vivre sa vie.

Comme quoi, guerroyer en politique à visière levée peut être un sport très dangereux. Surtout pour les femmes.

On pourrait épiloguer longtemps sur la dureté de ce milieu et la manière peu élégante dont les femmes y sont trop souvent traitées.

Mais lorsque j’ai vu Nicole Léger en conférence de presse se tourner vers celui qu’elle appelle son « amoureux » pour annoncer fièrement qu’il l’avait demandée en mariage, je me suis dit que les cicatrices qu’elle porte sûrement de tout ce qui a précédé et suivi la course au leadership du PQ, allaient peut-être disparaître plus rapidement avec cette belle demande.

Je ne les connais pas de manière intime, loin de là, mais j’ai souvent croisé ce couple dans les corridors du Parlement et les points de presse. Leur affection et leur respect mutuels transparaissaient à tout coup. C’est un couple, comme on dit, qui semble avoir une belle complicité.

Parce qu’il n’y a pas que les luttes de pouvoir dans la vie, ou l’actualité qui déferle à un rythme d’enfer sans qu’on y ait vraiment prise, je tiens à saisir l’occasion pour leur souhaiter le plus beau des mariages et tout le bonheur du monde dans leur vie de couple et de leur belle famille recomposée.

Et oui, il y a bel et bien une vie après la politique.

> Lire les commentaires sur cet article

 

Envoyez cet article à un(e) ami(e)
Remplissez les champs suivants afin de soumettre votre commentaire. Merci.
Votre prénom
Votre adresse de courriel
Votre commentaire
Le prénom de votre destinataire
L'adresse courriel de votre destinataire