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Délivrez-vous ! 31 mai 2006 Entretien avec Didier Cornaille « J’ai de tout temps eu une attirance naturelle pour les grands espaces, et un intérêt particulier pour les Inuit. Petit, j’adorais lire du Jack London puis, par la suite, je me suis régulièrement documenté sur cette population, dont on disait il y a encore quelques années qu’elle était acculturée et rongée par l’alcool ou la maladie, jusqu’à ce que l’on découvre à quel point elle est aujourd’hui organisée et dynamique, tout en préservant sa culture ancestrale. Cela m’a encore plus donné l’envie d’aller à leur rencontre. » Or, le rêve que caressait Didier Cornaille depuis sa plus tendre enfance s’est soudainement concrétisé, en 2004, par le biais de l’obtention d’une bourse de voyage. Des images plein la tête et le cœur gonflé d’espoir, il a alors pris le chemin du Nunavut et du Nunavik, où il est demeuré plusieurs mois. Le roman Inuksuk (éditions Anne Carrière) est le fruit de cette expérience hors de l’ordinaire, une expérience teintée de quantités de surprises et surtout d’une grande humanité, à l’image de cet auteur aussi sympathique que talentueux. De quoi traite donc cet ouvrage ? Eh bien, de manière résumée, Inuksuk relate la vie de Clément, un Français que l’on découvre alors qu’il est installé dans le Grand Nord depuis de nombreuses années. Pilote de brousse, il y a bâti une famille et une vie loin de ses origines, des racines que sa fille rappelle un jour à sa mémoire, provoquant l’évocation de souvenirs douloureux et la nécessité d’un retour en arrière pour comprendre qui il est réellement. Entre l’homme qui avait jusque-là toujours eu l’impression de fuir sa destinée, et celui que ses amis Inuit surnomment Inuksuk – « l’homme de pierre » – en raison de sa droiture et de sa force, plusieurs épisodes de vie captivants défilent sous nos yeux. Mais ce qui est le plus frappant dans cet ouvrage est à notre avis la qualité documentaire qui accompagne le récit. Didier Cornaille nous convie effectivement, à travers Inuksuk, à la découverte d’un pan entier de l’histoire du Grand Nord. Mêlant ses recherches à l’observation méticuleuse des populations Inuit, populations avec lesquelles il s’est d’ailleurs très rapidement lié d’amitié pendant son voyage, l’auteur a fidèlement relaté une histoire que nous ne connaissions jusqu’alors que par bribes. Il a aussi parfaitement su nous communiquer la magie de ces espaces, à la fois grandioses, sauvages et hostiles, mais aussi vivants et peuplés par 13 000 âmes qui se battent pour sauvegarder leur culture et leurs traditions… envers et contre tous les préjugés dont ils sont encore les victimes. « Il ne faut surtout pas se fier aux apparences, confirme l’auteur. Oui, on peut être surpris, lorsqu’on arrive dans un village Inuit, par l’apparent désordre qui semble régner sur place, ou encore par l’absence de clôtures. Mais il suffit de rentrer dans les foyers des habitants pour se rendre compte que tout y est d’une propreté méticuleuse, et de comprendre que conformément à leurs usages, le sens de la propriété n’existe quasiment pas là-bas, pour se distancier de toutes les idées préconçues à leur sujet. » Apprendre effectivement que ces populations, aussi éloignées des préoccupations modernistes semblent-elles être, sont parvenues, en l’espace de 20 ans, à obtenir, par voie procédurière, une grande autonomie juridictionnelle et économique a de quoi surprendre. Savoir également qu’elles sont parvenues, par le biais de nombreuses négociations habilement menées, à se faire verser d’importantes royalties par les entreprises qui utilisaient leurs richesses (généralement des matières premières comme les minerais, le diamant, et bientôt le pétrole), alors que ces mêmes entreprises sont connues ailleurs pour affamer et paupériser les territoires qu’elles envahissent, cela mérite un coup de chapeau. Il faut donc se faire des Inuit une idée bien différente de ces nomades marginaux aux yeux bridés que l’on a encore trop tendance à galvauder. Est-il d’ailleurs vraiment marginal de tenir à sa région, à la préservation de son territoire, de sa culture et de sa qualité de vie ? Didier Cornaille, lui-même fils d’agriculteur et passionné par le monde rural, est pour sa part plutôt admiratif de cette attitude : « J’ai beaucoup de respect pour les Inuit car, à l’inverse de chez nous, ils ne pensent pas qu’à vider leurs campagnes, ce qui cause des problèmes endémiques en France comme ailleurs, mais bien à rester coûte que coûte chez eux. Ils n’ont en fait qu’une idée en tête, demeurer sur leur territoire, dans leur village. Et si leurs jeunes vont faire leurs études dans les grandes métropoles canadiennes, c’est essentiellement pour en revenir chargés de connaissances et d’un savoir-faire qu’ils pourront mettre à contribution au sein de leur communauté. » La communauté. Voici le mot magique dont il faut finalement saisir toutes les significations et imbrications pour comprendre pourquoi les Inuit sont si attachés, de génération en génération, à un pays dans lequel peu d’entre nous choisirions de nous installer. Une communauté, dans les faits, aux assises bien implantées et dont le surprenant dynamisme est parfaitement mis en lumière à l’intérieur d’un roman, qui nous permet de voyager tout en prenant conscience d’une autre réalité, d’une autre vision du monde particulièrement invitante et humaniste. Une belle découverte ! CORNAILLE, Didier. Inuksuk, éditions Anne Carrière, avril 2006, 387 pages. AVIS AUX LECTEURS Retrouvez tous les mardis matins (de 9 à 10h) la chronique Délivrez-vous sur les ondes de Radio Centre-ville (102.3 FM ou www.radiocentreville.com), et très bientôt sur un nouveau site Internet dont vous aurez le lien direct en vous rendant sur le site du Journal MIR au cours des 15 prochains jours. > Lire les commentaires sur cet article
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