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Le Grand escogriffe

Mont Orford : le sommet de la bêtise
par Guy Ouellet

Tout bipède ayant déjà fait un saut en Estrie a vu le mont Orford. Sur l’autoroute 10, juste avant Magog, se profile sa tranquille majesté juste là, sur votre gauche. Vous ne pouvez pas le manquer ! Mais ne cherchez pas les pistes de ski ou les condominiums. Pour les voir, il faut aller sur le versant est de la montagne.

Avec ses 850 m de hauteur, le mont Orford constitue une sorte d’icône des Cantons-de-l’Est, un peu comme le rocher de Percé, le cap Diamant à Québec ou les dinosaures en papier mâché sur le bord de la 20 à Saint-Léonard-d’Aston...

Je niaise.

Dans le cœur des Estriens, le mont Orford représente plus qu’un symbole touristique : c’est un véritable héritage, comme le soulignait très justement l’écrivaine Marie Laberge pas plus tard que la semaine dernière lors d'une assemblée publique. En effet, nos pères et nos grands-pères ont légué la montagne et les terres environnantes au gouvernement afin d’en faire une aire protégée de 5000 hectares, aujourd’hui inscrite au registre des parcs provinciaux du Québec.

Le parc du Mont-Orford comprend un centre de ski, un terrain de golf et un centre d’arts. Depuis des mois, le gestionnaire du centre de ski, André Lespérance, verse une larme de crocodile derrière ses lunettes Ray-Ban en affirmant que la station n’est pas rentable et que, pour renouer avec les profits, il faudrait permettre au secteur privé de bâtir des condos à flanc de montagne. Les condos, c’est bon pour le tourisme, tout le monde est censé savoir ça, voyons !

La semaine dernière, le gouvernement Charest, par la voix de son nouveau ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, le yesman Claude Béchard, a donc annoncé sa décision d’autoriser la vente d’une partie du parc du Mont-Orford à des intérêts privés. Une partie combien grande ? En conférence de presse, le premier ministre Charest, ancien ministre fédéral de l’Environnement, et Monique Gagnon-Tremblay, la ministre responsable de l’Estrie, sonnaient aussi creux que deux chaudrons vides, se montrant incapables de dire combien d’hectares seraient soldés aux spéculateurs.

La réponse est 650 hectares, soit la superficie du centre de ski additionnée à celle du terrain de golf. En échange, le gouvernement promet de doubler la superficie du parc... quitte à exproprier les terres de quelques propriétaires déjà en beau tabarnak, comme on peut le comprendre.

Devant les médias, la ministre Gagnon-Tremblay a poussé l’arrogance jusqu’à dire aux citoyens qu’ils devraient se réjouir de la décision du gouvernement puisqu’ils auront, tout comme les environnementalistes, la possibilité d’acquérir des terrains afin de les protéger. Cela amène une question : quelqu’un finira-t-il un jour par dire à cette brave notaire de campagne qu’il vaut parfois mieux fermer sa gueule plutôt que d’éructer n’importe quoi ?

Le gouvernement du Québec aurait tout intérêt à consulter le Consortium Ouranos sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques, un groupe de recherche auquel adhèrent plus de neuf ministères et organismes québécois, de même que l'Université du Québec à Montréal, l'Université McGill, l'Université Laval et l'Institut national de la recherche scientifique. Le Consortium prévoit que les changements climatiques pourraient faire subir au secteur d’Orford une hausse de température pouvant atteindre trois degrés d’ici 2020. C’est pas loin, 2020...

Déjà, l’hiver 2004-2005 affichait des températures de 4 degrés supérieurs à la moyenne des derniers hivers. Cela ne veut pas dire qu’il poussera demain des palmiers sur les flancs du mont Orford, mais on devine qu’à moyen terme, le ski n’aura pas un long avenir au nord du 45e parallèle.

Hélas, la vision à moyen terme n’est pas la tasse de thé du gouvernement Charest et des promoteurs privés qui le financent.

Un groupe de citoyens opposés au démantèlement du parc s’organise. Le week-end dernier, ils ont tenu une première réunion. Cinquante personnes étaient attendues. Il en est venu plus de 200. Et c’est pas fini. Ils ont déjà un site Internet :

http://www.sosparcorford.org

Ah ! Si McCartney choisissait mieux ses causes, ce serait quelque chose de le voir aux côtés de Marie Laberge et Clémence DesRochers pour défendre la montagne...

Mais j’y pense... Je connaissais John Lennon. Je dois bien avoir l’adresse de Paul quelque part...

Si les changements climatiques vous préoccupent : http://www.ouranos.ca

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