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L’EAU OU LA VIE
par Marie-Ève Maltais

Il était une fois un grand méchant parc
Le Parc. Qui ne connaît pas cette zone protégée d’une beauté aussi grande que redoutée ? À moins d’un long détour par Charlevoix, les automobilistes en route vers le Saguenay abordent ce mal nécessaire avec prudence. Méfiance ou non, on y recense, bon an mal an, une moyenne de 200 accidents par année. Dans la région, la 175 est depuis longtemps une fatalité qui effraie invariablement. Cependant, il est possible de croire que les choses vont changer car le BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) a finalement donné son aval au projet de construction d’une route à quatre voies séparées entre Chicoutimi et Québec.

Cheval de bataille d’une région forte en gueules, l’autoroute de la réserve faunique des Laurentides fait désormais partie des victoires notables de la Ville de Saguenay et d’Accès-Bleuets, une association en faveur de ladite route. Des années de pétitions et de promesses électorales ont finalement porté fruit : 700 millions de dollars seront investis sur quatre ans et Saguenay sera reliée à Québec par une autoroute. L’ancienne route ne deviendra plus qu’un mauvais souvenir ; les tronçons de la future autoroute suivront un autre tracé. En outre, économiquement parlant, cette annonce a de quoi réjouir notre région, isolée et fragilisée par une succession de mauvaises nouvelles depuis quelques années.

Tempête dans un cours d’eau
Sur le fond, les avis sont aussi partagés que contradictoires : d’un côté, les environnementalistes de Québec qui disent que l’autoroute non seulement ne diminuera pas le nombre d’accidents mais augmentera en plus les risques de contamination des cours d’eaux et de la nappe phréatique et, de l’autre, la Ville de Saguenay et autres Accès-Bleuets, qui prétendent que le nombre d’accidents mortels va chuter de 80 %.

Si la vérité se situe probablement quelque part entre les deux, la méfiance est plus grande – et probablement plus justifiée – dans la ville de Québec, où le spectre d’une éventuelle contamination de la principale source d’eau potable de la ville a mobilisé les troupes. En effet, c’est à même la rivière des Hurons et le lac Saint-Charles que les réservoirs d’eau potable de la ville de Québec se remplissent. Selon le rapport du BAPE qui cite les intervenants inquiets, dont l’Union québécoise pour la conservation de la nature, les sources de contamination sont multiples : « […] les huiles usées, les liquides de refroidissement, les particules de pneus, les poussières provenant de l’usure de certaines pièces comme les plaquettes de freins et autres créent une contamination des eaux de ruissellement par des poussières, des métaux lourds […] ». En contrepartie, le gouvernement du Québec propose une série de recommandations qui devront être respectées afin d’éviter les impacts négatifs sur l’écosystème de la réserve.

L’argent parle
À grands coups de revendications et armés d’un milieu riche en matières premières, les citoyens de Saguenay ont gagné leur point. Pendant ce temps, à l’autre bout de la province, un autre territoire, moins médiatisé celui-là mais encore plus dangereux, continue d’enterrer ses morts en silence. Saviez-vous que la route 138 qui longe la Côte-Nord est celle qui tue le plus au Québec ? Avez-vous déjà entendu parler d’y construire une autoroute ?

À lire aussi :
Rapport du BAPE : http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/rapports/publications/bape214.pdf

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